Ce qui vient - le projet

CE QUI VIENT A NOUS, CE QUI VIENT DE NOUS

Tout système, toute communauté, tout individu interagit avec l’avenir, comme avec un temps qui « vient à lui manquer », face auquel il/elle détient la capacité d’agir, mais dont il/elle ne peut savoir tout à fait quelle sera sa réalité, qui n’est pas encore. Entre ce qui vient à nous, dont nous projetons les contours par différents moyens, et ce qui vient de nous, nos décisions et nos actions, il existe un espace complexe d’anticipation, de stratégie, d’invention et d’attente, nourri par notre imagination, nos désirs et nos peurs. Un lien indéfectible entre passé, présent et avenir constitue le vecteur de notre orientation dans l’existence et, face à ce qui vient, nous oscillons entre impuissance – par le dérisoire ou l’absence de nos réponses – et puissance – par la liberté que nous laisse ce qui n’est pas encore advenu.
Depuis toujours, la pensée de ce qui vient tend à faire que ce qui nous arrive, maintenant, demain, après-demain, ne soit pas de l’ordre du désastre, mais d’un meilleur. Depuis toujours aussi, des stratégies de manipulation – prédictions, superstitions, prophéties auto réalisées ou simples tendances de mode – participent de la construction de l’avenir au service des différents pouvoirs. La question centrale reste alors celle des conditions de définition de ce meilleur, et des possibilités d’émancipation contre toute tentative d’aliénation de notre libre arbitre face à cette notion.

LE SENS DU POSSIBLE ET L'AVENIR : LIBERTE DU DEVENIR

L’art constitue le lieu d’émergence de possibles et en cela, il tient en alerte face à ce qui est. Le régime alternatif qu’il ouvre invite à bousculer certitudes et schémas établis, et à affronter la liberté immanente à tout devenir. Partant de ce postulat, la manifestation entend rassembler des oeuvres et des démarches artistiques qui placent cette dynamique dans la perspective de l’avenir. Des oeuvres qui interrogent tant les formes que nous donnons à ce dernier et les outils que nous forgeons pour le penser – expérimentation, prospective, spéculation, planification, scénario, utopie, fiction – que les processus de décision qui y répondent – stratégie, innovation, révolution, etc. Ceci en considérant plus précisément les réalités économiques de notre époque, qui préfigurent celles à venir et sont à relier aux aspects écologiques, sociaux et humains de nos existences.

ART ET ECONOMIE FACE A CE QUI VIENT

Comment se forment, dans un monde dominé par le système économique, les désirs d’avenir ? Qui préside à l’interprétation du présent et à la préfiguration d’un futur désirable ? Quels sont les moyens employés par les acteurs économiques pour y parvenir ? Comment envisager les notions de progrès et de croissance aujourd’hui ? Quels sont les tenants et les aboutissants de l’innovation ? Où se situent les espaces de liberté face à ce qui vient ? L’art en est-il un ?
Ces interrogations sont autant de directions possibles que les artistes empruntent, à travers les notions d’utopie, de scénario, de projet, de brouillon ou encore de fiction, voire de science fiction. Certains s’intéressent directement aux grammaires de l’avenir utilisées dans le secteur économique (la stratégie, la définition des tendances, les scénarios spéculatifs), d’autres s’emparent de formes plus génériques de relation à ce qui vient (la décision, la révolution, etc.).
La situation de crise systémique que le monde traverse rend plus urgente encore cette problématique, et sur fond d’incertitude face à l’évolution des équilibres fondamentaux de la planète, artistes, théoriciens et acteurs économiques ont chacun leur place dans la définition de nouveaux paradigmes. Ce qui vient se veut un espace de création artistique avant tout, mais aussi de réflexion et de parole... Un espace fondamentalement politique, qui convoque ces différentes identités pour rendre palpable, en confrontant les points de vue, la dimension profonde et multiple de la relation à demain.

COLLABORATIONS INTERNATIONALES

Afin d’enrichir la manifestation d’une dimension géographique, Ce qui vient est l’occasion d’une collaboration avec des événements internationaux qui se déroulent simultanément. La pensée de l’avenir reflète la vision qu’une société a d’elle-même dans un contexte historique et géographique donné. Considérer cette problématique dans différentes zones du monde est essentiel pour prendre en compte la diversité des conceptions de la relation à demain. La Biennale Dak’Art (Sénégal) et la Biennale de Bucarest intitulée BB4 (Roumanie) sont l'occasion de partenariats artistiques et intellectuels avec des structures de ces deux villes : l'association Ker Thiössane à Dakar et le Centre National de la Danse à Bucarest. Ces partenariats se traduisent den premier lieu par l'invitation d'artistes de ces deux pays à participer à l'exposition Ce qui vient à Rennes : pour le Sénégal, les artistes dakarois Kan Si et Piniang et la jeune réalisatrice française d'origine sénégalaise Mati Diop ; pour Bucarest, le collectif Anonymous (RO), constitué d'Alexandra Croitoru, Stefan Tiron et Mircea Nicolae. D'autre part, Art to be a organisé à Dakar (10 mai), à Rennes (15 mai) et à Bucarest (22 mai) le Laboratoire des prospectives singulières, une plateforme de parole et de pensée autour de la pensée de l'avenir. Y ont participé entre autres le philosophe sénégalais Souleymane Bachir Diagne et le poète et traducteur bucarestois Bogdan Ghiu.