Art et économie, la thématique des Ateliers de Rennes

Par Dominique Abensour, critique d’art, commissaire d’exposition, enseignante à l’École supérieure d’Art de Rennes.

Depuis 2008 Les Ateliers de Rennes, biennale d’art contemporain, affirment une spécificité inédite. Créée à l’initiative d’un mécène, le groupe agro-alimentaire Norac, cette manifestation explore les rapports entre l’art et l’entreprise, et plus généralement l’économie.

Vouée à présenter un état de la création artistique lié à des enjeux esthétiques et économiques, la biennale, dans une dynamique aujourd’hui mondialisée, contribue à promouvoir les pratiques artistiques contemporaines et à réduire la distance entre art et public.

En traitant des relations entre art et économie, les Ateliers de Rennes ouvrent un espace de recherche, de création et d’échange. La politique de la biennale permet de fédérer les acteurs culturels, politiques et économiques du territoire et d’inscrire l’événement dans un contexte national et international.

Une orientation à interroger

On peut s’interroger sur le choix de l’orientation donnée à la biennale.
Les différentes éditions des Ateliers de Rennes en témoignent, la thématique de cette manifestation trouve sa pertinence dans l’acuité de questionnements qui nous concernent tous : ceux d’un monde en mutation sous l’impact de la mondialisation et de la révolution numérique qui modifient profondément nos modes de vivre et de penser, et reconfigurent l’espace économique et le paysage social désormais instables et mouvants.

Les historiens, les critiques d’art et les penseurs observent une accélération de l’intérêt que portent les artistes à l’économie ces dernières décennies. Jean-Marc Huitorel1 en éclaire le sens.

« Si le motif économique sous ses formes les plus diverses occupe aujourd’hui une place déterminante dans le travail des artistes, c’est, sans aucun doute, parce que l’économie (…) constitue une part essentielle de l’environnement contemporain. (…) Il s’agit de notre horizon le plus constant, de notre quotidien le plus urgent comme le plus structurant et, il faut l’avouer, de plus en plus déstructurant. »

L’économie, le monde du travail, et en son sein l’entreprise, sont des univers dans lesquels l’art prend position et réinterroge notre rapport au monde. Les liens entre l’entreprise et l’art se tissent au-delà du mécénat et des collections d’œuvres. La confrontation entre ces deux régimes distincts d’activité et l’exploitation productive de leurs différences font de la biennale un laboratoire où la thématique est un puissant moteur de recherche.

Un tel projet permet d’afficher le caractère double, à la fois esthétique et économique, des Ateliers de Rennes comme de toute biennale.

L’approche des commissaires

Les projets des quatre dernières biennales se sont construits sur des questions sensibles choisies par les commissaires : le travail créateur de valeur (Valeurs croisées 2008), la pensée de l’avenir (Ce qui vient 2010), la relation à l’espace et au territoire à travers la figure du pionnier (Les Prairies 2012), le jeu, le loisir et le travail (Play Time 2014).


  1. Jean-Marc Huitorel, « Liaisons dangereuses », Valeurs croisées, Les presses du réel, Paris 2009, p. 22