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Mathieu Klebeye Abonnenc

Né en 1977 en Guyane (France), vit et travaille à Paris (France).

Mathieu K. Abonnenc explore le passé colonial, travaillant sur des figures et des événements refoulés par une histoire officielle. Avec Des corps entassés, premier volet d’un projet au long cours, l’artiste poursuit ses recherches, toujours étayées par l’étude approfondie de situations précises, en se concentrant sur un matériau : le cuivre (la malachite), qui fut l'une des causes de la guerre de Sécession au Katanga, et, auparavant, la raison de l'intérêt des Occidentaux pour la République Démocratique du Congo. Le film réalisé par Mathieu K. Abonnenc montre la fonte d’une dizaine de croix du Katanga dans une fonderie en écosse, puis leur transformation en une série d'objets. Ces croix furent pendant des siècles (du xe siècle jusqu’à la colonisation belge au xixe siècle) une monnaie en usage en Afrique centrale. Cette appropriation, brutale dans son geste, fait écho à l’appropriation par les Belges de toutes les réserves de croix du Katanga. Ce film est accompagné de commentaires, relatant plusieurs histoires. Les unes traitent
de phénomènes d’appropriation culturelle et de la violence qu’ils induisent, les autres narrent des faits esthétiques qui font apparaître les connotations des choix des matériaux ou des modes de production, donc leurs significations politiques et éthiques. Un matériau n’est jamais neutre, il implique et raconte des vies humaines. À travers l’histoire d’un minerai, l'artiste reconstitue un épisode de l’histoire du capitalisme et de ses mécanismes, montrant les effets de l’industrialisation par des nations européennes sur des pays et des populations colonisés. La scénographie, dans laquelle sont présentés le film et les différents objets en cuivre, met en scène des contraintes spatiales dénotant l’autorité.
A. B.

Mathieu K. Abonnenc, Africa Addio. Première partie : cuivre, 2012. Film HD. Vue de l''exposition Les Prairies au Newway Mabilais, Photographie : Aurélien Mole.