Jesse Darling

1988, Royaume-Uni ; vit et travaille à Londres


Nouvelle production dans le cadre de À Cris Ouverts

Qu’implique le fait « d’être un corps, chargé politiquement et déterminé culturellement, dans le monde qui nous entoure » ? Autour de cette question s’articulent les travaux de Jesse Darling où les identités sont friables, les structures et les corps irrémédiablement faillibles.
Le long d’une corde qui relie plusieurs piliers de la Halle de la Courrouze entre eux, J. Darling a suspendu un ensemble d’objets manufacturés de consommation courante, jouets, torchons, paires de baskets qui flottent au-dessus de nos têtes. A Fine Line (2018) a une dimension quotidienne, évoquant immédiatement du linge en train de sécher en même temps qu’elle crée une atmosphère festive animée par les guirlandes lumineuses et autres fanions. Mais la vue de fils barbelés qui s’enroulent à certains endroits de l’œuvre peut susciter une certaine angoisse. Ces cordes qui sillonnent nos espaces domestiques pourraient bien être des lignes de démarcation au milieu d’un champ de bataille. Parmi toutes ces choses suspendues, difficile de ne pas noter l’omniprésence des matières synthétiques, artefacts importés de Chine et autres sacs plastiques. L’artiste a pris l’habitude de travailler à partir de cette matière, parangon de la modernité, dont la vulnérabilité flottante n’enlève rien à son caractère indestructible. C’est d’ailleurs précisément ce qui l’intéresse ici et dans la plupart de ses travaux, la fragilité et la résistance d’un corps ou d’un sujet élevé dans ce que l’artiste appelle « l’église de la Modernité » au sein de laquelle les blessures engendrées par un suprématisme blanc côtoient la répétition traumatique d’une foi inébranlable en le progrès. Tabernacle précaire et déplaçable, l’œuvre prend ainsi une dimension spirituelle et les robustes feuilles de lierre qui l’ornent à certains endroits, bien que toxiques, promettent une vie éternelle.

Halle de la Courrouze

A Fine Line, 2018

Matériaux divers
Courtesy de l'artiste
Avec le soutien de Fluxus Art Projects