Paul Maheke

1985, France ; vit et travaille à Londres


À en juger les petites flaques d’eau qui subsistent au fond des aquariums et les traces humides qui colorent le bord des rideaux, il semblerait que la Galerie Art & Essai ait été inondée puis que l’eau s’en soit retirée, charriant avec elle des résidus de cheveux et de poussière. Chez Paul Maheke, l’eau, élément primordial qui nous constitue et nous entoure, entretient un fort rapport au corps. Elle est dans son travail une matière féministe, politique et poétique, une manière d’envisager l’identité et la mémoire comme un terrain fluide, porteur de nombreuses strates. Une lumière tamisée et légèrement colorée baigne Dans l’éther, là, ou l’eau (2018), première exposition personnelle de l’artiste dans un centre d’art en France. Les objets domestiques comme les aquariums et les rideaux y cohabitent avec une dimension cosmologique incarnée par la vaste fresque représentant la planète Jupiter. Il s’y joue quelque chose de l’ordre de la transparence, celle du liquide et du verre, mais également de l’invisible. Dans l’opacité se camouflent peut-être des histoires de fantôme ou d’occultisme. Dans une pièce adjacente, les mains d’un magicien filmées en République dominicaine opèrent une série de gestes qui font apparaître et disparaître du feu, des cartes.
Ponctuellement, l’installation est investie par des corps en mouvement qui prennent la parole, chantent. Ainsi les trois performeuses de I took everything and made it my own (the ghost is an appropriationist) entremêlent des récits d’apparition et de visions oraculaires, tissent des références empruntées à la littérature d’Édouard Glissant, d’Audre Lorde comme aux chorégraphies de Michael Jackson. Plus tard, ce seront l’artiste, sa sœur Alix et son frère Simon qui y exploreront le Kindoki, un système de pensée et pratique magiques originaires du Bas-Congo. A familiar familial place of confusion poursuivra dans le contexte de la fratrie l’investigation du corps, les énergies et mémoires qui le traversent, ses ombres.

Galerie Art & Essai - Université Rennes 2

Dans l’éther, là, ou l’eau,

avec :

A fire circle for public hearing, 2018

Performance (46min), paysage sonore composé par Sophie Mallett (46min), fresque, grilles métalliques, globes lumineux, résine, cheveux synthétiques, débris, rideaux teints par du thé et du café, gélatines, filtre de fenêtre orange, video HD sur moniteur

Mago Sessar, 2018

Vidéo HD (12 min), murs peints et moquette vermillons

In the Watery Core of those Stories, 2017

Deux aquariums, résine, cheveux synthétiques, billes en verre de couleur, plantes séchées, papier imprimé
Courtesy de l'artiste