Richard Baquié

1952, Marseille – 1996, Marseille


L’œuvre de Richard Baquié, décédé prématurément à l’âge de 44 ans, est peu visible aujourd’hui. Sa pratique, souvent décrite à travers ses installations et assemblages d’objets et d’engins récupérés dans les décharges de sa ville natale de Marseille, lui avait valu une étiquette qu’il réfutait : celle d’un « bricoleur subtil ». Or, pour cet ancien soudeur, chauffeur de poids lourds, monteur de grues, ou encore, moniteur d’auto-école sorti tardivement de l’École des beaux-arts de Marseille, ses œuvres ne pouvaient se résumer à un tour de force formel. Ce n’est sans doute pas sans humour qu’il les qualifiait de « sculptures de série B ». Il n’aimait pas la pérennité de l’objet et jouait des tensions entre matérialité, fragilité et mouvement. Il avait d’ailleurs débuté en installant en 1982 un ballon gonflé à l’hélium à l’occasion d’une ouverture de son atelier (Ballon-Événement du 29 mars 1982). Ce qui traverse son travail, c’est surtout un rapport singulier et poétique au monde, oscillant entre désir de fixer le temps et les errances existentielles. Il y a les mots, aussi, qui constituent une matière au même titre que les autres ; ils évoquent des déplacements et des durées, où le passé et le présent prennent des directions contraires et côtoient la possibilité d’un éternel recommencement.
Dans Epsilon (1986), une épave de Renault 16 rouillée et brûlée (icône de la voiture familiale et du succès industriel français des années 1960) fait face à quatre grandes lettres découpées dans de la tôle ondulée. On y lit : ZÉRO. Un écho au titre, symbole mathématique d’une quantité qui s’approche du néant, et aux lettres découpées dans la carrosserie qui indiquent : « Rien juste la mémoire de la lumière ». Un petit globe terrestre tourne doucement à l’avant du véhicule. Chez R. Baquié il y a toujours eu la géographie et les espaces physiques, politiques, ou mentaux qu’elle induit. Au mur, on déchiffre « 7, 6, 5, 4, 3…», tandis qu’un gros ventilateur obturant la portière avant droite, fait vibrer violemment la sculpture dans un bruit cataclysmique. Que ce soit avec des ventilateurs, ou des unités de réfrigérations, les œuvres de R. Baquié génèrent leurs propres mouvements, déflagrations, désirs, et cycles climatiques.
Un jour ici ou là (1991) nous emmène à travers les coulures d’un lavis d’encre, vers un endroit souterrain, rappelant la nature violente de la vie en constante dégénération et régénération. Dès ses premières sculptures, le mouvement des corps est pris dans une Traversée du présent (1985) dont la direction n’est jamais linéaire. La matérialité devient aussi cinématographique qu’un regard à travers la fenêtre d’un train : « Situation du vent.../ Les mots se perdent. Souvent ils ne sont que la projection de votre propre séduction.../ Parfois silence…(Autrefois il prenait souvent le train pour travestir son inquiétude en lassitude, 1984).

Frac Bretagne

Autrefois il prenait souvent le train pour travestir son inquiétude en lassitude, 1984

Embout métallique, fenêtre de compartiment de train montée sur deux pieds, système à diodes électro-luminescentes, soufflet, cage grillagée, deux ventilateurs, plaque d’aggloméré, embout en métal ondulé, roulettes d’un chariot de gare
Centre Pompidou, Paris
Musée national d’art moderne / Centre de création industrielle

Un jour ici ou là, 1991

Lavis d’encre et lettres de résine collées sur papier
Centre Pompidou, Paris Musée national d’art moderne / Centre de création industrielle

Halle de la Courrouze

Epsilon, 1986

Renault 16 carbonisée, tôle, globe
Collection Jean Brolly, Paris

La Traversée du Présent, 1986

Chaise longue, moteur, perceuse, tambour de machine à laver, flèche en métal découpé, plastique
Carré d’Art, Musée d’art contemporain de Nîmes