Maurice Blaussyld


(France), né en 1960, vit et travaille à Lille

L’œuvre de Maurice Blaussyld réside dans la suspension. Suspension du temps, de l’espace, du mouvement, de l’interprétation. Du temps en premier lieu : les « formes premières », objets et images que Maurice Blaussyld fait exister de manière persistante dans son œuvre, résistent au temps par leur silence et par le vide qu’elles créent autour d’elles. Un livre de médecine légale, une enceinte évidée de son système de diffusion du son, sont par exemple des figures qui apparaissent fidèlement, sans qu’importe l’idée d’un original ou d’une reproduction. Ces objets ne sont pas des substituts, mais sont plutôt à considérer comme des êtres, dont il ne sera dit s’il faut les considérer comme vivants ou morts.

Lauréat du prix Bernd Lohaus en 2013, Maurice Blaussyld a exposé à l’Institut d’art contemporain de Villeurbanne, au MAMCO (Genève) et au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris. Il a également participé à un hors-les-murs de la Villa Médicis (Rome).

Sentiment de la distance (2016),

Sentiment de la distance est l’œuvre principale produite par l’artiste pour la biennale : une architecture inaccessible contenant un magnétophone à bandes et au mur, une image d’autopsie. Le spectateur, renvoyé à sa condition solitaire, séparé de cet espace par une porte de verre partiellement couverte de papier millimétré, ne peut que les apercevoir, et confusément les identifier. Pour autant, si ce texte dévoile la nature de ces objets, c’est qu’il n’est pas question de mystère dans l’œuvre de Blaussyld qui, ainsi que le mentionnait le titre d’une des ses expositions récentes, « ne dit ni ne cache ». Le mystère ici n’est pas une transcendance ou un quelconque mysticisme qui serait fondé sur une symbolique. C’est bien plutôt une ambivalence entre la présence et l’absence, entre la proximité et la distance, entre le reconnaissable et le méconnaissable, qui suspend le jugement. Le spectateur, à qui est refusé toute explication, doit chercher en lui-même les ressources pour la rencontre avec une œuvre conçue comme profonde altérité, qui ne se transcrit pas dans le langage. Dans cette œuvre, le mort saisit le vif autant que le vif saisit le mort : le temps arrêté est avant tout une suspension de la finitude, une manière de résister à l’indifférenciation.